L’année 1914 marque un coup d’arrêt brutal dans la forte expansion que connaissait alors la Société Anonyme d’Horlogerie Lipmann Frères, qui venait tout juste d’agrandir son usine de la Mouillère. Avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale, la manufacture met de côté ses ambitions purement horlogères pour se consacrer à la défense nationale.
Une usine mobilisée pour l’armement
Pour faire face aux besoins colossaux et urgents du pays, la manufacture bisontine et ses salariés participent activement à l’effort de guerre en réorientant leur production vers le matériel militaire de précision. Les ateliers se mettent alors à fabriquer des petits mécanismes pour l’armée, des têtes d’obus, des allumeurs de mines, ainsi que des chronomètres télémétriques spécialement conçus pour les artilleurs. Durant cette période, l’Observatoire de Besançon suspend d’ailleurs momentanément ses concours de chronométrie.
Un rattrapage technologique vital pour l’armée française
Le savoir-faire de LIP s’avère hautement stratégique sur les champs de bataille. Au tout début du conflit, l’armée française est en effet désavantagée : ses obus fonctionnent encore avec des mèches à poudre archaïques héritées des guerres napoléoniennes, tandis que l’armée allemande dispose d’équipements de pointe fournis par la marque horlogère Junghans. Grâce à l’expertise des usines LIP, l’artillerie française parvient à s’équiper de pièces modernes pour enfin rivaliser avec la technologie ennemie.
« LIP.. LIP.. HOURRA! » : La communication de guerre
Cette contribution patriotique s’affiche jusque dans les campagnes de communication de l’époque. Une célèbre affiche illustre parfaitement cette fierté nationale : on y voit un « poilu » (soldat français) enthousiaste, brandissant son fusil et un allumeur, sous le grand slogan « LIP.. LIP.. HOURRA! ». L’image met en avant un garde-temps de poche LIP qualifié de « Montre de la Victoire », en précisant qu’elle a été « adoptée pour le réglage des tirs par l’artillerie et l’aviation françaises »
L’après-guerre
À la fin du conflit en 1918, l’usine de la Mouillère sortira éprouvée de cet effort industriel militaire. Il faudra rééquiper entièrement l’usine pour pouvoir relancer la production horlogère. Dans un premier temps, les Lipmann devront même acheter des mouvements à l’extérieur, les rectifier et les monter dans leurs boîtes, avant de pouvoir retrouver leur pleine autonomie de manufacture.

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