L’année 1952 marque l’un des chapitres les plus audacieux et les plus prestigieux de l’histoire de la manufacture bisontine LIP : l’invention de la première montre électrique au monde, une prouesse qui finira par séduire le sommet de l’État français.
1952 : Une révolution présentée à l’Académie des Sciences
Le 19 mars 1952, Fred Lip et son directeur de recherche, Paul Dargier de Saint Vaulry, présentent à l’Académie des Sciences de Paris le prototype de la première montre-bracelet électrique au monde. Le défi technique relevé par les ingénieurs dès 1948 consistait à remplacer le traditionnel ressort moteur par un transducteur électromécanique, substituant ainsi une énergie électrique constante au remontage manuel. L’impact de cette invention est tel que le président de l’Académie, Albert Caquot, la compare à l’invention de l’échappement à ancre au XVIIIe siècle.
Le Calibre R 27 : l’aboutissement d’une décennie de recherches
Si le prototype fonctionne en 1952, il faudra attendre encore plusieurs années de perfectionnement pour aboutir au calibre R 27, finalement commercialisé le 7 décembre 1958. Ce mouvement d’une grande complexité était alimenté par deux micro-piles. L’une des trouvailles majeures de l’équipe de recherche de Jean Pommier fut l’ajout d’une diode électronique. En effet, à chaque contact du balancier, une étincelle se produisait et créait des micro-poussières qui déréglaient la montre ; la diode permit de capter cette étincelle, fiabilisant définitivement le mécanisme.
Le Général de Gaulle et la montre LIP : le prestige et l’astuce
En décembre 1958, Fred Lip décide d’offrir l’une des toutes premières montres électriques équipées du calibre R 27 (un modèle en or) au Général de Gaulle. Cet acte marque la naissance de celle que l’on surnommera « la Montre des Présidents ».
L’histoire de cette montre présidentielle est savoureuse et jalonnée de détails uniques :
- Un cadran sur-mesure : Le Général de Gaulle souffrant d’une mauvaise vue, Fred Lip fit spécialement dessiner et fabriquer un cadran doté de très gros index et d’aiguilles particulièrement voyantes pour pallier ce problème.
- La fierté du « Made in France » : Le chef de l’État la portait à son poignet pour démontrer le savoir-faire et la capacité d’innovation de l’industrie française. En décembre 1958, il envoya d’ailleurs une photographie dédicacée à Fred Lip portant l’inscription : « À Monsieur Fred Lip, grâce à qui je mesure les heures qui me sont comptées. ».
- Le secret de l’exactitude absolue : Fred Lip était un maniaque de la précision. Pour s’assurer que la montre du Général soit toujours parfaitement à l’heure, il mit au point un stratagème secret avec la complicité de Madame de Gaulle et du commandant Sabot. En réalité, deux montres similaires avaient été fabriquées. Chaque semaine, sur la table de nuit du Président, la montre qu’il portait était discrètement remplacée par sa jumelle, qui venait tout juste d’être soigneusement réglée dans les laboratoires LIP.

Cette montre d’avant-garde, symbole de l’excellence française, a par la suite également été offerte à d’autres grands chefs d’État, tels que le général Dwight Eisenhower et, bien plus tard, Bill Clinton.

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