Après les intenses bouleversements sociaux de 1973 et une période d’autogestion ouvrière, Claude Neuschwander, ancien créatif de Publicis, prend la direction générale de la manufacture LIP. Pour relancer la marque et marquer le démarrage d’une ère nouvelle, il initie en 1974, avec Marie-Laure Jousset (responsable des collections), un projet esthétique sans précédent qui explosera véritablement lors de la collection du printemps 1975.
Un œil neuf : sept designers extérieurs à l’horlogerie
La démarche audacieuse de LIP consiste à faire appel à sept designers de renom qui ne sont absolument pas issus de l’industrie horlogère. L’objectif défini par Marie-Laure Jousset n’est pas de trouver de simples stylistes, mais de créer des « objets contemporains à la mesure de notre époque » en s’appuyant sur des créateurs capables de poser un regard totalement neuf sur la montre.
Le résultat est éblouissant : sur les 180 modèles que compte la collection de 1975, 45 montres sont « designées » et bousculent toutes les traditions. Chaque designer apporte sa vision unique :
- Roger Tallon (l’avant-garde et l’ergonomie) : Designer industriel illustre (connu pour le TGV), il est l’auteur de la légendaire ligne Mach 2000. Rompant radicalement avec la montre-bijou traditionnelle, il imagine un boîtier asymétrique en forme de demi-lune, doté de boutons-poussoirs sphériques aux couleurs primaires. Tallon s’inspire également du téléviseur portatif Portavia 111 pour dessiner la BIG TV, une montre carrée aux coins arrondis. Ses créations intègrent de nouveaux matériaux empruntés à l’aéronautique, comme le métal anticorrodal.
- Michel Boyer (la fraîcheur et la simplicité) : Dix ans avant l’arrivée de la Swatch, Michel Boyer invente le « concept plastique » à un prix très attractif (140 francs). Il conçoit la série « Les Candides » fabriquée en hostaform, avec des montres ludiques et décomplexées. Sa gamme « Les saisons » propose des montres aux couleurs vives (printemps rose, été vert, automne jaune, hiver bleu) dotées d’un cadran orné d’une marguerite.
- Rudi Meyer (la rigueur des formes et des matières) : Partageant avec Roger Tallon l’utilisation de matériaux novateurs, Rudi Meyer recherche des formes franches et nettes, associées à des matériaux bruts, sobres et mats. Il réalise notamment la ligne Galaxie, composée de boîtiers ronds en métal anodisé et de cadrans minimalistes marqués par de simples billes métalliques ou des creux.
- Marc Held (le raffinement et la sophistication) : Ce designer repense l’objet de fond en comble. Sa méthode consiste à faire « éclater » la montre en tous ses éléments de base (verre, boîte, cadran, aiguilles, remontoir) pour les réinventer et les réassembler de manière inédite, apportant une haute sophistication à la collection
- L’exploration des formes par Isabelle Hebey, Michel Kinn et Jean Dinh Van : La collection est enrichie par Isabelle Hebey, qui crée des montres rectangulaires au design très moderne en alliage anodisé dur. Michel Kinn imagine de son côté des boîtiers rectangulaires intégrants d’étonnants verres ronds, tandis que le célèbre joaillier Jean Dinh Van conçoit de superbes montres en argent massif portées comme des tours de bras rigides.
Isabelle Hebey :
Michel kin :
Jean dinh van :

L’aventure du design de 1975 a transformé la manufacture de Besançon en un laboratoire esthétique de premier plan. En cassant les codes traditionnels grâce à la géométrie, aux plastiques et aux couleurs vives, LIP a accouché de véritables œuvres d’« art industriel ». Aujourd’hui encore, les héritières de ces créations iconoclastes, telles que la Mach 2000, la Big TV ou la gamme Mythic, demeurent des piliers incontournables du catalogue LIP.

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