Bien que les frises chronologiques de la marque placent souvent cet événement historique dans l’immédiat après-guerre sous la date repère de 1946, c’est véritablement en 1948 que le destin du célèbre Premier ministre britannique Sir Winston Churchill se lie à celui de la manufacture horlogère LIP.
Le T18 : une prouesse technologique française
Le modèle T18, dont la production a débuté dans les années 1930 (dès 1933 ou 1935), est considéré comme le premier calibre français à avoir été fabriqué de série et en très grand nombre. De technique horlogère très avancée pour son époque, la T18 était réputée pour son extrême fiabilité et sa très grande précision. Elle a notamment marqué l’histoire de l’horlogerie en étant l’une des premières montres équipées d’un mouvement possédant une petite seconde excentrée.

Un cadeau diplomatique historique
C’est précisément en raison de cette fiabilité et de cette excellence technique que le gouvernement français choisit la T18 pour l’offrir à Sir Winston Churchill en 1948, peu après la Libération. Ce cadeau diplomatique de haut rang avait une valeur hautement symbolique : il s’agissait de remercier officiellement le dirigeant britannique pour les services rendus à la France et pour le soutien crucial de la Grande-Bretagne durant la Seconde Guerre mondiale.

La naissance de la gamme Churchill
Grâce à ce geste historique, le modèle T18 est devenu une véritable icône d’élégance, associant durablement la marque LIP à des figures internationales prestigieuses. Ce lien historique fort avec l’alliance franco-britannique a d’ailleurs donné naissance à la gamme Churchill.
Aujourd’hui encore, LIP continue de faire vivre ce patrimoine. La ligne Churchill propose des montres au design intemporel, de formes rectangulaires ou carrées, qui incarnent l’élégance classique, la noblesse et la sobriété. Le modèle T18 original a été réédité, avec des variations modernes (notamment des mouvements à quartz fiables), tout en veillant à préserver rigoureusement son design emblématique et son précieux héritage historique.

L’année 1935 marque un chapitre glorieux dans l’histoire de la manufacture bisontine LIP, qui lie alors son destin à l’une des plus grandes épopées technologiques et humaines du XXe siècle : l’aventure de l’Aéropostale.
À cette époque, la conquête du ciel et les vols transatlantiques exigent des instruments d’une précision absolue et d’une fiabilité à toute épreuve. C’est pour répondre à ces exigences extrêmes que LIP se lance, dès 1935 dans ses ateliers de Besançon, dans la fabrication de montres de bord spécifiquement destinées à l’aéronautique. De ce savoir-faire naît la célèbre montre de bord « Type 10 ».

Fabriquée en une toute petite série de seulement 200 exemplaires, la Type 10 se fait très vite remarquer par sa fiabilité exceptionnelle. Ces qualités techniques de premier plan lui valent d’être sélectionnée pour équiper le tableau de bord de l’un des hydravions les plus mythiques de l’histoire : « La Croix du Sud ».

Aux commandes de cet appareil se trouve le légendaire aviateur Jean Mermoz. Lors de ses vols périlleux pour l’Aéropostale, où chaque minute compte et où la navigation dépend crucialement de la mesure exacte du temps, le célèbre pilote s’en remet à la rigueur de la mécanique horlogère française de LIP.

L’excellence de la Type 10 équipant la « Croix du Sud » posera les bases d’une expertise reconnue dans la mécanique de très haute précision. Le succès de cette montre de bord fut tel que, quelques années plus tard à l’aube de la Seconde Guerre mondiale en 1939, Frédéric Lipmann se rendra personnellement à Londres pour étudier avec la Royal Air Force (RAF) la possibilité de produire cette montre à grande échelle.
L’association de LIP avec Jean Mermoz en 1935 demeure ainsi l’un des plus beaux symboles de la marque, prouvant que son excellence dépassait la simple montre-bracelet pour conquérir les cieux.
L’année 1914 marque un coup d’arrêt brutal dans la forte expansion que connaissait alors la Société Anonyme d’Horlogerie Lipmann Frères, qui venait tout juste d’agrandir son usine de la Mouillère. Avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale, la manufacture met de côté ses ambitions purement horlogères pour se consacrer à la défense nationale.
Une usine mobilisée pour l’armement
Pour faire face aux besoins colossaux et urgents du pays, la manufacture bisontine et ses salariés participent activement à l’effort de guerre en réorientant leur production vers le matériel militaire de précision. Les ateliers se mettent alors à fabriquer des petits mécanismes pour l’armée, des têtes d’obus, des allumeurs de mines, ainsi que des chronomètres télémétriques spécialement conçus pour les artilleurs. Durant cette période, l’Observatoire de Besançon suspend d’ailleurs momentanément ses concours de chronométrie.

Un rattrapage technologique vital pour l’armée française
Le savoir-faire de LIP s’avère hautement stratégique sur les champs de bataille. Au tout début du conflit, l’armée française est en effet désavantagée : ses obus fonctionnent encore avec des mèches à poudre archaïques héritées des guerres napoléoniennes, tandis que l’armée allemande dispose d’équipements de pointe fournis par la marque horlogère Junghans. Grâce à l’expertise des usines LIP, l’artillerie française parvient à s’équiper de pièces modernes pour enfin rivaliser avec la technologie ennemie.

« LIP.. LIP.. HOURRA! » : La communication de guerre
Cette contribution patriotique s’affiche jusque dans les campagnes de communication de l’époque. Une célèbre affiche illustre parfaitement cette fierté nationale : on y voit un « poilu » (soldat français) enthousiaste, brandissant son fusil et un allumeur, sous le grand slogan « LIP.. LIP.. HOURRA! ». L’image met en avant un garde-temps de poche LIP qualifié de « Montre de la Victoire », en précisant qu’elle a été « adoptée pour le réglage des tirs par l’artillerie et l’aviation françaises »

L’après-guerre
À la fin du conflit en 1918, l’usine de la Mouillère sortira éprouvée de cet effort industriel militaire. Il faudra rééquiper entièrement l’usine pour pouvoir relancer la production horlogère. Dans un premier temps, les Lipmann devront même acheter des mouvements à l’extérieur, les rectifier et les monter dans leurs boîtes, avant de pouvoir retrouver leur pleine autonomie de manufacture.
L’année 1904 marque une étape fascinante dans l’histoire de la manufacture horlogère française LIP, illustrant sa volonté constante d’innover en s’alliant aux plus grands esprits de son temps. C’est à cette date qu’une collaboration exceptionnelle voit le jour entre l’industrie horlogère bisontine et deux figures majeures de la science moderne : Pierre et Marie Curie.

Le besoin : lire l’heure dans l’obscurité
À l’aube du XXe siècle, Ernest Lipmann, qui dirige alors le développement de la Société Anonyme d’Horlogerie Lipmann Frères, cherche une solution novatrice à un problème pratique rencontré par ses clients : comment lire l’heure sur sa montre dans l’obscurité totale ? Pour relever ce défi inédit, il a l’idée audacieuse de solliciter les époux Curie.

La solution : l’utilisation du radium
Les recherches se concentrent sur le radium, un élément que Pierre et Marie Curie ont découvert quelques années plus tôt, en 1898. Cette découverte exceptionnelle venait d’ailleurs d’être couronnée par le prestigieux prix Nobel de physique en 1903. Pour obtenir l’effet lumineux désiré sur les aiguilles et les index, l’idée est de mettre à contribution ce radium en y associant du sulfure de zinc phosphorescent.

Une avancée technique spectaculaire… mais radioactive
Le résultat de cette alliance entre horlogerie et chimie est immédiat : dès 1904, les cadrans des montres fabriquées par les frères Lipmann deviennent fluorescents. Cette prouesse technologique permet enfin aux utilisateurs de consulter leur montre de nuit sans aucune source de lumière externe.
Cependant, les connaissances médicales de l’époque ne permettaient pas d’en mesurer les conséquences : cette innovation historique et brillante s’est accompagnée d’un effet secondaire inhérent à la nature même du matériau utilisé, rendant ces premiers cadrans lumineux radioactifs.
Cet épisode de 1904 témoigne parfaitement de l’esprit avant-gardiste de la marque LIP, prête à intégrer les toutes dernières découvertes scientifiques pour améliorer l’ergonomie et la lisibilité de ses garde-temps.
L’année 1867 marque le point de départ d’une aventure industrielle et humaine exceptionnelle qui façonnera durablement l’histoire des techniques horlogères françaises. C’est à cette date qu’Emmanuel Isaac Lipmann (1844-1913), un horloger originaire de Neuf-Brisach, fonde son tout premier atelier. Établi au cœur de Besançon, la capitale de l’horlogerie, ce petit établissement prend le nom de « Comptoir Lipmann ».

Le modeste atelier de la Grande rue
À ses débuts, le Comptoir Lipmann est un atelier parmi de nombreux autres qui existent alors dans la région. Situé au 14, Grande rue à Besançon, le local accueille à l’origine quinze salariés. Leur travail quotidien consiste à assembler des montres de poche à partir d’ébauches (les pièces brutes du mouvement) qui sont achetées auprès de différents fabricants bisontins ou suisses.
Cependant, le comptoir se démarque très vite de la concurrence locale. La réussite de cet atelier repose sur la puissance de travail de son fondateur, sa vision novatrice de l’esthétique et son caractère farouchement volontaire. Ces qualités de dirigeant, largement saluées par les récits de l’époque, permettent à la petite entreprise de se développer à un rythme très soutenu pour l’époque.

L’origine d’un savoir-faire pérenne
La fondation de cet atelier bisontin en 1867 a posé les bases solides d’une manufacture qui s’illustrera pendant plus d’un siècle et demi. Emmanuel Lipmann ne s’est pas contenté de monter des montres de manière artisanale ; il a impulsé une véritable quête de l’innovation et de l’excellence qui deviendra l’ADN de la marque LIP.
Ce savoir-faire français originel a permis à la marque de traverser les époques et de s’imposer comme un ambassadeur de la tradition horlogère. Ce sont ces mêmes fondations solides posées en 1867 qui permettront à l’entreprise d’évoluer, des décennies plus tard, vers la haute technologie et de réaliser des prouesses mondiales inédites, comme le développement de la toute première montre électrique en 1952.
Le choix de Besançon s’explique par un héritage historique fort qui a transformé la ville en véritable capitale de l’horlogerie française bien avant la naissance de LIP.

L’impulsion de Laurent Mégevand et de la Révolution
L’activité horlogère s’établit définitivement dans le Doubs en décembre 1793 grâce à l’initiative de Laurent Mégevand, un horloger neuchâtelois animé par un idéal jacobin, qui décide d’enseigner son métier aux chômeurs bisontins. Pour ce faire, il s’installe à Besançon accompagné de 80 horlogers genevois et français. Le Comité de Salut public et les autorités révolutionnaires françaises encouragent vivement cette implantation en octroyant des rentes financières et des primes de bienvenue aux artisans suisses prêts à tenter l’aventure. Alléchés par ces mesures, plus de 800 horlogers suisses affluent dans la région dès 1794.
L’enracinement régional
Cette « greffe horlogère » prend rapidement dans le Doubs : la profession se diffuse dans une multitude de petits ateliers régionaux et offre l’opportunité aux agriculteurs de s’assurer un second revenu pendant l’hiver. Au début du XIXe siècle, l’industrie horlogère est une réalité bien ancrée, marquant la prééminence définitive du département dans la production nationale.

La structuration d’une capitale horlogère
Au milieu du XIXe siècle, Besançon s’impose comme la capitale incontestée de l’horlogerie française, attirant de nouvelles manufactures qui viennent s’y établir. Pour soutenir ce dynamisme industriel, la ville se dote d’infrastructures spécialisées de pointe : une école municipale d’horlogerie y ouvre ses portes dès 1862 (qui deviendra plus tard une École nationale puis un Institut de chronométrie), suivie par la création d’un Observatoire de chronométrie en 1882, destiné à contrôler, noter et récompenser la précision des garde-temps.
Une implantation logique pour les Lipmann
C’est donc au cœur de ce terreau industriel extraordinairement riche qu’Emmanuel Lipmann, qui réside déjà à Besançon, décide de fonder son « Comptoir Lipmann » en 1867.

L’emplacement de son modeste atelier au 14 de la Grande rue est stratégique : cet écosystème bisontin lui permet de recruter facilement une main-d’œuvre qualifiée et de s’approvisionner en ébauches (les pièces brutes des mouvements) auprès des très nombreux fabricants locaux ou suisses de la région. Le succès fulgurant de la manufacture LIP s’est ainsi construit sur le savoir-faire historique de toute une région.
Lexique et termes techniques en usage dans l’horlogerie :
- Balancier : Bimétallique / Compensé / Coupé
- Chronomètre :
- Établissage / Établisseur : Dans un contexte de division du travail dans le milieu de l’horlogerie Bisontine, un fabricant, en l’occurrence l’établisseur, se spécialise dans la gestion du travail d’ouvriers très spécialisés qui travaillent généralement à domicile ou au sein de petits ateliers familiaux. Rassemblant ainsi les pièces et travaux réalisés, l’établisseur fait travailler ses horlogers diplômés afin que ces derniers assemblent la montre. Ensuite, l’établisseur se charge de la vente de la montre.
- Spiral :
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