1950 : Une montre au Sommet, la Lip pré-Himalaya R25 de Maurice HERZOG et l’ascension de l’Annapurna
La mission Française « HIMALAYA 1950 »
Si une montre devait symboliser le paroxysme de l’héroïsme pour Lip, ce serait certainement la Lip R25 pré-Himalaya que Maurice HERZOG et Louis LACHENAL vont hisser au sommet du premier sommet de plus de 8 000 mètres vaincu par l’Homme, l’Annapurna, en 1950.
Mont idyllique, géant de l’Himalaya (chaîne montagneuse regroupant 10 des 14 plus hauts sommets du monde), l’Annapurna et ses 8091 mètres d’altitude vont faire vivre un enfer à l’expédition Française qui tente, dès la fin Mars 1950, de le terrasser.

Exposition de la montre Lip portée par Maurice HERZOG, et par l’ensemble de l’expédition pour vaincre l’Annapurna (8 091 mètres) le 3 Juin 1950 / Source : Service Histoire Lip
« Nous pénétrons dans un monde étrange … qui n’appartient presque déjà plus à la terre » (Maurice HERZOG, la conquête de l’Annapurna, reportage diffusé en 1962 sur les ondes de la RTF)
Le 3 Juin 1950, à 14 heures, Maurice HERZOG, chef de l’expédition française de 1950 à l’Himalaya, et Louis LACHENAL parviennent au sommet de l’Annapurna (8.078 m. [plus tard, son altitude sera réévaluée par GPS à 8 091m]), devançant leurs camarades prêts à les relayer.
Le premier 8.000 était conquis.
Auparavant une centaine d’expéditions s’étaient attaquées à la plus puissante chaîne de montagnes du globe, l’Himalaya. Une vingtaine de sommets de plus de 7.000 m. avaient été gravis dans cette chaîne, dont le plus haut sommet atteint par l’homme [en 1950], le Nanda Devis (7.816 m.). L’altitude de 8.500 m. avait été rejointe sur les flancs du Mont-Everest, mais aucune des 23 tentatives contre 5 des 14 sommets de 8.000 mètres n’avait été couronnée de succès.
Aussi, la conquête de l’Annapurna marque-t-elle un tournant dans l’histoire de l’alpinisme.
C’est en ces mots que Lucien DEVIES, Président du Club Alpin Français et de la fédération Française de la Montagne préface le livret « HIMALAYA 1950 » écrit par Maurice HERZOG au retour de l’expédition. Ces quelques lignes permettent tout d’abord une remise en contexte globale de l’aventure qu’équipera Lip. 5 années après la douloureuse Victoire de la Seconde Guerre Mondiale, il fallait, pour l’ensemble des pays occidentaux, se trouver des Héros, des figures patriotiques derrière lesquelles se ranger. L’exploit sportif intense demeure un des levier important pour assouvir cette soif de gloire tricolore, et c’est ainsi que la France va financer, et accompagner des explorateurs, des alpinistes chevronnés et autres aventuriers lors de leurs exploits, tout au long des années 1950.

Fac-similé de la montre Lip qui équipe l’expédition HIMALAYA 1950 / Source : Fond privé HAOND Clément – V.Y.
La France, synonyme des pouvoirs publiques dans un premier temps et du chef de l’Etat, qui, par d’habiles relations diplomatiques obtiennent le droit de séjourner et d’explorer des régions reculées du globe, mais également les forces industrielles Françaises qui œuvrent, au titre du mécénat mais également dans un but publicitaire certain à la mise en place logistique des expéditions, ainsi qu’à leurs bons déroulements par le matériel confiés.
Pour une ascension, et qui plus est pour l’ascension de l’Annapurna, une équipe va rapidement se constituer autour d’un chef désigné par le Club Alpin Français et que l’histoire retiendra au détriment de l’ensemble de la cordée, Maurice HERZOG. Jean COUZY, Marcel ICHAC (photographe et cinéaste), Louis LACHENAL, le Docteur Jacques OUDOT, Marcel SCHATZ, Gaston RÉBUFFAT, Lionel TERRAY et Francis de NOYELLE se joignent à l’aventure. Tous sont adeptes de la montagne, certains, à l’instar de LACHENAL, de TERRAY ou de RÉBUFFAT sont déjà de grands alpinistes reconnus, par ailleurs Guides de Haute Montagne.
L’heure Lip à 8091 mètres d’altitude
Lorsque s’envole l’équipe et ses quatre tonnes de matériel, le 30 Mars 1950 de l’aéroport du Bourget en direction de l’Inde, puis du Népal, chacun des 8 alpinistes, ainsi que le Docteur OUDOT sont équipés par les textiles de dernière génération, par les tentes les plus légères, par les chaussures les plus solides, confortables et isolantes, par les crampons les plus légers et mordants, ou encore par les lunettes les plus protectrices face à la réverbération des UV sur la neige ou la glace. Vitrine autant que laboratoire pour les marques qui vont fournir le matériel vitale pour l’expédition « Himalaya 1950 », cette aventure est une formidable opportunité pour servir la France, tout comme pour faire briller sa technologie à l’internationale.

Publicités de marques ayant fournies du matériel pour l’expédition Française HIMALAYA 1950 / Source : Fond de documentation privé HAOND Clément
Au delà de l’habillement, protégeant du froid extrême tout comme de la chaleur caniculaire lorsque les alpinistes Français son en phase d’approche dans la Vallée qui ceinture l’Annapurna, un objet singulier va nécessiter des mois de travail pour la manufacture Lip, puisque la lecture d’une heure inaltérable est une nécessité absolue dans ce milieu hostile à l’Homme. Première manufacture horlogère de France, disposant d’une des plus belles usines dédiées à la fabrication de montres (à Besançon), dans le quartier de la Mouillère, et d’une notoriété sans faille, la marque Lip, emmenée par une certain Fred du même nom, va équiper l’ensemble de l’équipe qui s’apprête, au cours du mois de Mai 1950, à lancer l’assaut sur l’Annapurna.
Formidable test de rigueur pour la Manufacture Bisontine, Fred LIP, son illustre patron, accepte immédiatement cette périlleuse mission. Le cahier des charges est quasiment militaire. Les montres-bracelets Lip vont devoir résister à la chaleur, au froid intense, à l’humidité et à l’immersion dans l’eau, aux chocs, aux champs-magnétiques, etc … à tout ce qu’un alpiniste en exercice peut subir, sans jamais faillir, en donnant invariablement l’heure et avec une très bonne lisibilité.

Fac-similé de la montre Lip qui équipe l’expédition HIMALAYA 1950 / Source : Fond privé HAOND Clément – V.Y.
14 Heures, « l’heure Lip » de la Victoire
Techniquement parlant, Fred LIP livre un condensé de technicité, ode du savoir-faire de la manufacture Lip, et marqueur de sa capacité à réaliser des montres infaillibles. Officieusement nommées du nom de l’Expédition, « HIMALAYA » 1950, ces quelques montres sont construites autour d’un boîtier 100% étanche, astucieusement acheté auprès de la fabrique américaine KEYSTONE WATCH CASE. Histoire dans l’histoire; au delà du fait que concevoir, en 1950, un boîtier de montre absolument étanche relève d’un défi de taille pour une manufacture horlogère, l’usage d’un boîtier de fabrication Américaine est assez logique pour Fred LIP. Durant l’année 1949, qui voit le développement des montres « HIMALAYA » 1950, Fred Lip œuvre ardemment au développement, encore balbutiant, de la technologie Electronic. Dans ce cadre, une collaboration avec la firme ELGIN Watch Co (USA) se met en place à la fin des années 1940, ce qui explique le fait que la manufacture Lip se fournisse en boîtiers Américains, Lip y étant alors implantée.

Fond étanche en acier inoxydable; Fac-similé de la montre Lip qui équipe l’expédition HIMALAYA 1950 / Source : Fond privé HAOND Clément – V.Y.
Doté d’un tube et d’une couronne surdimensionnée (facile à remonter, même avec des gants), ce boîtier est antimagnétique, important dans le cadre d’un usage majeur de la radio et de postes émetteurs, 100% étanche à l’eau sous toutes ses formes et à la poussière et plaqué or 40 microns d’épaisseur. Le fond en acier inoxydable est massif, doté d’une empreinte en forme de polygone à 12 côtés. Le système d’étanchéité est assez ingénieux, puisque le fond de boîtier « enveloppe » la carrure, cette dernière accueillant un épais joint.
Des cornes longues et robustes viennent solidement maintenir un bracelet en cuir épais, aux coutures puissantes, devant résister aux manipulations, à l’abrasion et à l’activité des alpinistes. Il est intéressant de noter que malgré les précautions prisent par l’équipe technique de la manufacture Lip, le bracelet de la montre de Maurice HERZOG, aujourd’hui conservée dans son état de retour de mission, en 1950, est déchiré dans sa partie inférieure. Recousu artisanalement, il témoigne de la violence de l’ascension, et de l’engagement des 8 alpinistes qui vont y participer (sur les 9 membres au départ de l’aéroport du Bourget, Francis DE NOYELLE sert d’officier de liaison et de diplomate local, il ne participe pas directement à l’assaut de l’Annapurna).

Fac-similé de la montre Lip qui équipe l’expédition HIMALAYA 1950 / Source : Fond privé HAOND Clément – V.Y.
Pour compléter cette livrée d’exception, spécifiquement pensée pour la mission qui lui est confiée, le Département Horlogerie de la manufacture Lip va créer un cadran unique, bi-couleur et très lisible pour rendre le moins pénible possible la fastidieuse tâche, à plus de 5000 mètres d’altitude, qu’est la lecture rapide et précise de l’heure. Pour ce faire, l’ensemble des chiffres sont écrits, par le biais d’indexs en relief dorés, qui ressortent du cadran en brillant légèrement à la lumière. Une échelle des minutes peinte en noir orne la périphérie du cadran. Mais la sagacité de la première entreprise horlogère de France se remarque dans un détail, presque invisible et pourtant si intelligemment pensé : l’affichage horizontal du sous-compteur des secondes. Modeste innovation, 15/30/45/60 secondes sont lisibles immédiatement, par un simple basculement du poignet. Ceci démontre que ces montres vont être patiemment étudiées, testées et améliorées durant l’année 1949, afin d’offrir l’heure avec intransigeance à 8091 mètres d’altitude.
Ainsi équipée, l’ensemble de l’expédition va coordonner ses actions sur le terrain, entre le 30 Mars et le 17 Juillet 1950, date du retour Victorieux en France.
2014 – Aujourd’hui : L’aventure Lip IV – SMB ou le retour de Lip à Besançon.
2014 est une date importante dans l’histoire de la plus célèbre des marques horlogères Françaises, puisqu’elle est synonyme de l’étincelant retour de Lip à Besançon. Plus de 20 années après la fuite de Lip dans le département du Gers, l’avenir se dessine aujourd’hui de manière définitive à Besançon, sous le joug de la Société des Montres de Besançon (SMB).

Atelier de production horlogère Lip, Z.A. Valentin, Grand Besançon / Source : SMB – LIP
Dans la droite ligne de l’histoire de Lip, marquée par le développement d’un modeste atelier au 70 puis au 14 Grande Rue de Besançon dès 1867, puis par la construction de vastes usines de production avec Lip II – Mouillère et Lip III – Palente entre 1903 et les années 1970, l’ère SMB-LIP marque de son emprunte la refonte de ce qui fut la première manufacture horlogère de France (années 1960). Ce nouveau centre de production, animé par une dizaine de salariés spécialement formés aux métiers de l’horlogerie moderne, est ainsi la quatrième implantation d’usine Lip à Besançon, 38 ans après l’éviction des derniers « Lip » (employés historiques) de l’usine de Palente, en 1981.

Atelier de production horlogère Lip, Z.A. Valentin, Grand Besançon / Source : SMB – LIP
Plus de 150 ans après l’assemblage de la première Lip au cœur de la Boucle (centre-ville de Besançon) par Emmanuel LIPMANN, des montres estampillées des 3 lettres sont à nouveau, et ce depuis 2019, assemblées au sein de l’entreprise Lip. Année de l’achat de la marque par la SMB à son précédent propriétaire (Juillet 2019), un investissement d’un demi-million d’euros a permis la construction d’un atelier de production moderne et spacieux, marqueur notoire d’une volonté de pérenniser la fabrication et l’emploi Lip à Besançon.
Héritière d’une histoire faite de fortunes et de coups d’éclats, la marque Lip, par la constitution de cet atelier, résonne encore comme un formidable témoin de son patrimoine, ancré dans le passé, par l’histoire, mais surtout dans le présent et l’avenir par le dynamisme de la société SMB. « L’atelier » Lip IV – Valentin comme nous pourrions le nommer se place ainsi à mi-chemin entre continuité et renouveau avec ce que fut la marque Lip sous l’ère familiale (1867 – 1971), un synonyme de qualité, d’anti-conformisme et de rigueur à la Française.

Atelier de montage Lip de l’usine de la Mouillère, années 1940. Photographie issue du Service Photographique Lip / Source : Fond privé HAOND Clément

Publicité Lip Dauphine de 1960 / Source : Fond privé de documentation HAOND Clément
1957 – 1973 : Lip Dauphine, « l’heure Lip » pour tous
Dans la seconde moitié des années 1950, Fred LIP, PDG de la manufacture éponyme, souffre d’une critique qui l’agace ostensiblement, celle du tarif (élevé) de ses montres. A ses justifications faites de complexité de fabrication en interne, de production de très haute qualité et de développement Français, une partie de la clientèle semble insensible.
Pour ce visionnaire, il fallait satisfaire l’ensemble de la population, d’autant plus que la manufacture de montres Lip connaissait un développement insatiable depuis 1945. Ainsi, en 1957, une gamme relativement confidentielle de montres abordables va être proposée par Lip, sous un nom étudié, Dauphine.

Montre Lip Dauphine Electronic R184, fond transparent laissant apparaître le mouvement, trotteuse sans éclair qui n’est pas d’origine / Source : Fond privé HAOND Clément
Les montres estampillées Lip Dauphine représentent alors l’entrée de gamme de la manufacture Bisontine, correspondant au milieu de gamme de l’horlogerie Française d’alors. Cette appétence pour la distribution de l’heure Lip à l’ensemble de la population date des années 1930, lorsqu’Ernest LIPMANN lancera la gamme SAM fabrication Lip, dont le but est tout à faire identique à Dauphine. Fred LIP, son fils, reprend à son affaire ce procédé, en lui donnant un nom taillé pour la réussite, puisqu’il est directement emprunté à la voiture à succès que la Régie Nationale des Usines Renault (RNUR) commercialise entre 1956 et 1967.

Logotype de la gamme Lip Dauphine, systématiquement apposé sur les cadrans / Source : Fond privé de documentation HAOND Clément
Le succès d’un patronyme … aimablement emprunté
Fred LIP ne va pas vouloir brouiller les cartes des gammes que Lip s’évertue à standardiser depuis l’après guerre. Le Chronomètre bracelet Lip ne peut ainsi raisonnablement pas, pour un lancement, côtoyer l’entrée de gamme de la marque. De même, un client potentiel ayant les capacités de s’acheter une montre Lip de bonne gamme, verrait, dans la vitrine de son détaillant Lip local, d’un œil interrogateur une Lip « Dauphine » s’affichant à la moitié, voir au tiers du prix de la Lip en acier qu’il s’apprête à passer au poignet.

Dépliant publicitaire sur la Dauphine, véhicule économique de la Régie Renault (RNUR) sorti en 1956 / Source : Service Histoire Lip, dépliant de 1959.
C’est pour cela que « Le Fred » comme on le surnommait va aviser sa « sous-marque » d’un nom cinglant, quoi qu’emprunté au succès de la Régie Renault avec sa voiture, la Dauphine. Voiture bon marché la plus vendue en France entre 1957 et 1961, Fred LIP souhaitait ainsi le même succès à sa nouvelle marque, toutefois entachée d’un faux départ.
Décideur irrésistible, Fred LIP va s’abroger de la nécessité de posséder le nom Dauphine pour lancer une première collection en 1957. Sous la menace d’un procès de la part d’Henri BASQUIN, industriel de l’horlogerie et propriétaire du nom Dauphine, Fred LIP consent à lui acheter, au prix fort. Curieux pied de nez de l’histoire que d’avoir acheter à prix d’or, une marque destinée à donner l’heure pour une somme modique. Cette incartade passée, le patron de la manufacture de montres Lip va donc légalement pouvoir appeler ses montres accessibles Dauphine.
Un lancement teinté d’une inhabituelle prudence
Retenant les leçons des échecs passés et des lancements scabreux d’innovations que les consommateurs ne comprennent pas, Fred LIP ne va pas immédiatement accoler son nom à celui de Dauphine, question de prestige.
Ainsi, les premières Lip Dauphine ne sont estampillées que Dauphine, à l’instar d’une marque à part entière, afin de sonder le terrain et de ne pas compromettre, en cas de fiasco, l’image de marque que Fred LIP c’est évertuer à créer. Entre 1957 et 1959 environ, la marque Lip apparaît progressivement sur le cadran des montres hommes, femmes et enfants estampillées Dauphine. Tout d’abord par un discret LIP MADE sous l’index ou le chiffre qui désigne 6 heures. Puis par la suite, le logo migre sous la mention Dauphine. Fred LIP, aventurier prudent mais avisé dans cette affaire sent, à l’aube des années 1960, que Dauphine est un succès commercial dynamique. Dans ce cas, il n’est plus question que ce nom vol la vedette à la marque Lip, et c’est ainsi qu’à partir du début des années 1960, le couple LIP-DAUPHINE (et non plus Dauphine seul ou Dauphine-Lip) s’impose comme l’entrée de gamme de la manufacture Lip.

Montre Dauphine Nautic Lip made vers 1957 / Source : Fond privé HAOND Clément
La rationalisation comme dogme
Mais la gamme Dauphine, jusqu’à l’année 1973, date des dernières montres Dauphine vendues par Lip, se différencient par plusieurs éléments discrets.
Tout d’abord, les Lip Dauphine se placent dans un niveau de prix inférieur de moitié en moyenne au prix d’une Lip classique, pour un modèle sensiblement similaire. Visuellement semblable, la Lip Dauphine se caractérise par un habillage moins travaillé, se matérialisant généralement par des placages moins épais, peu de boîtiers acier à la faveur du chrome moins coûteux. Les cadrans par exemple, sont parfois issus d’anciens stock Lip de la collection précédente qu’il fallait écouler. Globalement, les modèles sont moins travaillés, ce qui demande une étude plus courte, une production plus rapide et plus standardisée, abaissant les coûts de fabrication, et ainsi de vente, tout en conservant un très bon niveau de qualité.
Mais le cœur de la rationalisation se cache sous le cadran, puisque la majeure partie de l’abaissement du coût de production des Lip Dauphine se caractérise par l’emploi de mouvements non manufacturés par Lip. Fred LIP va avoir recours aux puissantes entreprises Françaises puis étrangères capables de fabriquer des mouvements de montres bracelets. Des mouvements Jeambrun, Horlogerie de Savoie (H.S.) et Cupillard pour la France ou encore PUW pour l’Allemagne seront utilisés pour animer les Lip Dauphine, entre autres.
À de rares exceptions, elles sont équipées de mouvements manufacturés par Lip, notamment de R23, R17 ou d’Electronic R148 / R184. Dans ces cas, il s’agit généralement de surstock que la première marque horlogère de France ne parvient pas à écouler par sa marque principale.
Une gamme à l’image de la France (1957 – 1973)

Lip Dauphine en Or 18 carats, vers 1965 / Source : Service Histoire Lip
Dauphine fut un succès commercial sans bornes sur toute sa période d’exploitation. Succès, car Fred LIP va rapidement diversifier sa gamme, Dauphine devenant ainsi un nom à part entière au sein de la marque horlogère Lip. Succès également, parce que la manufacture Bisontine dote sa marque de modèles très disparates, qui suivent les évolutions de la mode et des goûts, à l’identique du développement d’une montre Lip traditionnelle.
À l’instar de la Régie Nationale des Usines Renault qui va proposer plusieurs niveaux de gammes sous l’appellation Dauphine, Lip va également créer une hiérarchie dans sa collection. Ainsi, à la Renault « Dauphine » Ondine, penchant plus cossues et luxueux du véhicule initial, Lip va répondre avec une gamme étoffée de Dauphine en Or 18 carats, dont la finition et la livrée esthétique rivalisent avec les plus belles montres de l’époque. Face à la Renault Dauphine Gordini, Fred LIP commercialisait une gamme de montre de plongée très sportive, ou de montres de ville arborant un large damier sur le pourtours du cadran, sous le nom Dauphine.
Répondant aux pratiques de l’époque, la manufacture Lip va développer, dès le lancement en 1957, des montres destinées aux communiants, aux jeunes enfants ou à tout autres célébrations dans lesquelles la montre marque un passage, et une coutume. Un mariage, l’obtention d’un diplôme, étaient autant d’occasions de ce voir offrir une montre, marquant ainsi l’heure d’un instant de réjouissance.

Montre Lip Dauphine pour Dame (24 x 14 mm) vers 1965 / Source : Service Histoire Lip
À cela, nous pouvons ajouter les Dauphine Electronic, Electric, Nautic, Cœur Vaillant, Fab. LIP, Antichoc, SWISS, Automatic, etc …

Montre Lip Dauphine Electronic calendrier, mouvement manufacturé Lip R184 / Source : Fond privé HAOND Clément
Une montre nous permet de mesurer la portée de la gamme Dauphine, au sein de la collection Lip courante, la Lip Dauphine Electric ou Electronic, pourvue d’un calibre manufacturé par Lip, le R148 puis le R184 (avec date). Comme une montre pédagogique, Fred LIP va se servir de sa « sous-marque » pour diffuser, et imposer plus aisément l’Electronic Lip, mouvements électriques n’ayant plus besoin d’être remontés. Pour ce faire, et à la vue du stock grandissant de calibres R148 (sans date, 1962) puis R184 (date, 1964), Lip va créer vers 1965 des montres estampillées Lip Dauphine Electric ou Electronic. Ainsi équipées de ces mouvements révolutionnaires, ces montres vont les démocratiser par des tarifs plus abordables. Réutilisant des pièces d’habillage de collections Lip antérieures, il est fabriqué dans les ateliers Lip des cadrans spécifiques, afin de doter ces montres d’une image différente de la collection Lip Electronic, sérieuse et rigide. Le fond de boîtier traditionnellement en acier inoxydable chez Lip est supprimé, au profit d’un dôme de plexiglas, qui laisse apparaître le mouvement en fonctionnement, dans un caractère pédagogique et explicatif innovant. En définitive, la collection Dauphine est, dans sa majeure partie, une gamme d’appel pour Lip. Elle permet de diversifier la marque et de toucher une plus large part de marché pour Lip, sur le territoire Français et Francophone notamment.

Montre Lip Dauphine Electronic calendrier, mouvement manufacturé Lip R184 / Source : Fond privé HAOND Clément
Gamme accessible, Dauphine par Lip va être l’un des moteurs du dynamisme de la première manufacture de montres en France. La production va rapidement se développer, passant de 50 000 montres au début de l’exploitation de la marque, à plus 100 000 montres vendues par an dans les années 1960. Symbole d’une fortune populaire, la gamme Lip Dauphine va péricliter avec le Premier Conflit social Lip de 1972 – 1973. L’avènement de Claude NEUSCHWANDER à la tête de l’entreprise Lip en 1974, et sa restructuration totale vont avoir raison d’une marque inscrite dans le passé pour ce nouveau patron « social ».
Aujourd’hui, la collection LIP-SMB Dauphine reprend les codes traditionnels de cette collection, qui ont fait la prospérité de Fred LIP dans les années 1960.
Sources :
- M-P. COUSTANS et D. GALAZZO, Lip des heures à conter, Édition Libris, 2000 et nouvelle Édition Glénat, Grenoble, 2017
- Fond de documentation privé sur la Manufacture Lip, HAOND Clément
- Fond de la série 5Z des Archives Municipales de la Ville de Besançon
1974 – 1976 : Collection Lip Design; la ligne GALAXIE
La première gamme présentée par Lip dont le Design est imputable à Rudi MEYER est la collection Galaxie. Série de 9 montres aux boîtiers circulaires, elle est le fer de lance de la nouvelle image de la CEH-LIP. Une image de modernité, presque d’avenir s’exprime par cette collection. Toutes les références de la gamme Galaxie sont équipées d’un mouvement à remontage automatique manufacturé par la firme Allemande DUROWE, et porte la référence 7525/2 (R573 chez Lip).

Extrait catalogue Lip Design 1975, ligne Galaxie / Source : Fond privé de documentation HAOND Clément
Commercialisée dès 1975, et officiellement jusqu’au début d’année 1976 (des Galaxie seront vendues jusqu’en 1977 / 1978 pour les employés en grèves), cette collection de montres inédites symbolise l’avènement d’une pratique moderne du Design en France, et dans le monde. Rudi MEYER (Suisse), avec un groupe de 6 Designers Français, va investir la collection de la manufacture de montres CEH-LIP en 1974 pour impulser un nouveau souffle à l’entreprise. Sous la coupe de Claude NEUSCHWANDER, ancien de Publicis et désormais patron (1974) de ce qui fut la première entreprise horlogère de France des années 1940 à 1970, cette équipe renouvelle l’image de Lip, et révolutionne la pratique du Design Industriel.
En proie à de graves difficultés financières qui se manifestent en 1972 par une mise en liquidation judiciaire, la manufacture historique (depuis 1867) de la famille LIPMANN va se relancer, en rupture avec le passé, offrant un lieu d’expression jamais étudié par des Designers.
Le Graphic-Design pour une collection intemporelle
Le designer Suisse, installé à Paris depuis 1964 va dessiner une première série de montre, celles de la collection Galaxie, dès 1974. Graphic-Designer de renom, professeur à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris depuis 1967, Rudi MEYER va développer une vision singulière de l’objet montre, pour lequel il va livrer une synthèse encore aujourd’hui saluée.
Dans un métier assez neuf en France que celui de designer, qui ne s’éveille qu’au début des années 1960, Rudi MEYER développe une approche fonctionnaliste du produit industriel sur lequel il travail. Répondant aux notions de praticité, de lisibilité et d’ergonomie, les montres de la série Galaxie vont marquer l’histoire horlogère.
Contrairement à la plus grande partie des produits de consommation industriels dont s’occupe le designer, la montre prend à mon sens une place particulière.
A sa fonction propre – c’est à dire la lecture du temps, des secondes, des minutes et des heures – s’oppose avec force sa fonction de signe porteur de multiples notions subjectives.
[…]
Pour la montre, chose personnelle et affective, je ne peux me limiter dans la création à ce seul aspect rationnel.
Puisqu’elle est non seulement le temps mais aussi la parure et que c’est principalement en raison de sa fonction-signe qu’elle est, en définitive, choisie. (R. MEYER, Catalogue Lip Design 1975).

Mouvement Duromat à remontage automatique par DUROWE (Allemagne), référence 7525/2 ou Lip R573 / Source : Collection privée L.G.
Les 9 montres de la collection Galaxie seront commercialisées pour une partie dès le début d’année 1975, puis au cours de l’année pour des références additionnelles comme le modèle anodisé marron. Partant d’un boîtier d’environ 39 mm de diamètre, accueillant un mouvement à remontage automatique d’origine Allemande, MEYER va dessiner 2 types de boîtiers aisément reconnaissables. Référence 7525/2 du catalogue du manufacturier DUROWE (Lip R573), le mouvement est la seule contrainte dressée face au bouillonnement des 7 Designers. De conception très robuste, ce calibre est exécuté en 25 rubis, pour une dimension classique de 11 »’ 1/2, soit 25.6 mm environ. Doté d’une fréquence de 21 600 alternances par heure, ce mouvement conventionnel bénéficie d’une bonne précision, d’un savoir-faire qui échappe à Lip (puisque Lip fabrique des mouvements Electronic ou mécaniques manuel), et d’un approvisionnement facilité.
De l’horloge de gare à la montre bracelet
- Un premier boîtier, de forme sphérique lisse, sans angles ni relief est mis en production. Très innovant, il use de l’aluminium, chose inédite pour un boîtier de montre-bracelet. Très rigide, ce matériaux devient rapidement un frein au développement des modèles qui en sont équipés. Le faible rendement des sous-traitants, et leur réticence à accélérer les cadences car Lip reste une affaire chancelante oblige la CEH à investir dans des machines capables d’usiner l’aluminium. Équipant 5 références sur 9, ce boîtier en alliage anticorodal dispose de lignes d’une grande pureté, favorisant l’ergonomie par la très faible masse de ce métal, et le confort par la découpe biseauté et adoucie du boîtier. Innovation dans l’innovation, Rudi MEYER va recourir à un traitement de surface moderne, que lui permet l’aluminium. En effet, par un procédé dénommé anodisation (bain électrolytique et anode), il dispose d’une palette de couleur inédite pour ses créations. Ainsi, il couvre ses boîtiers de noir, de bleu ou de marron, des teintes jusqu’alors jamais employées en horlogerie. Ce boîtier est utilisé sur les références 43 766, 43 767, 43 815, 43 899 et 43 900.

Boîtier sphérique lisse, respectivement référence 43 766 / 43 815 / 43 899 / 43 767 / 43 900 / Source : MP. COUSTANS et D. GALAZZO, Lip des heures à conter, Glénat, 2017
- Un second type de boîtier est dessiné pour les 4 références restantes. Plus anguleux et uniquement disponible en finition chromé, cette boîte n’utilise pas l’aluminium mais le laiton, matériaux on ne peut plus courant dans la montre-bracelet. Le décolletage du laiton étant un savoir-faire que Lip maîtrise depuis plus d’un siècle en 1975, les formes de ces 4 références sont alors plus saillantes, faites de creusures, d’arêtes ou de parties planes qui se développent harmonieusement. Peut-être moins audacieux sur le plan technique que le boîtier précédent, il revêt un caractère osé lorsqu’il s’agit de sa finition. Certes, le boîtier est chromé, mais par un traitement breveté par Lip, le rendu est mat. La finition du boîtier est ainsi « quasi lunaire », lisse d’aspect, mais rugueuse, grainée dans le détail. Il équipe alors les références 43 763, 43 764, 43 814 et 43 825.

Boîtier sphérique anguleux, respectivement référence 43 763 / 43 825 / 43 764 / 43 814 / Source : MP. COUSTANS et D. GALAZZO, Lip des heures à conter, Glénat, 2017
En tout état de cause, ces montres ne sont pas qu’un objet pour soi, elles sont également, à travers l’ensemble de la réflexion qui anime cette collection Design, des objets qui interloquent, qui parlent aux autres et qui définissent une idée de modernité, d’avant-gardisme.
Rudi MEYER va puiser son inspiration dans les objets utilitaires qui l’entourent, à l’instar des horloges de gares qui distillent l’heure avec une efficacité inégalée, qu’importe la distance qui sépare l’usager de ces dernières.
La lecture de l’heure est un problème qui semble être résolu quand on pense aux cadrans d’horloges de gare qui, dans la simplicité de leur dessin, sont intelligibles et lisibles de loin, répondant ainsi à ce qu’on leur demande, communiquer l’heure avec efficacité.
(Catalogue Lip Design 1975, interview de Rudi MEYER)
Ainsi, 4 variantes de cadrans s’affrontent, tout en étant pensées pour s’interchanger aisément. Selon le père de la gamme Galaxie, l’idée de ce projet et de faire « un puzzle » à s’approprier, et non pas des pièces uniques qui définiraient arbitrairement les futurs clients.
- Un premier type de cadran, le plus représenté dans la gamme présente 2 variantes. La première dispose de billes d’acier qui font offices d’indexs, sur la seconde, les billes d’acier sont absentes et laissent visibles les creux qui les accueillaient, et qui font alors office d’indexs. Disponibles en finition brossée ou lisse, les cadrans sont généralement assortis aux boîtiers, dont ils reprennent les couleurs, noir profond, gris rhodié ou encore bleu par exemple (Références 43 763, 43 764, 43 825, 43 766, 43 815, 43 899 et 43 767).

Cadran à billes d’acier (gauche) et cadran en creux (droite) de la collection Lip Galaxie par R. MEYER / Source : Service Histoire Lip
- Un second type de cadran, unique à la référence 43900 est commercialisé. Plus chargé, il offre une précision largement accrue de la lisibilité du cadran, à la minute et à la seconde près. Disposant d’un fond noir et d’une échelle d’indexs blanche, Rudi MEYER explore une autre branche de l’ergonomie visuelle dont doit faire oeuvre la montre qu’il propose.

Cadran noir à chiffres peints en blanc, Lip Galaxie R. MEYER référence 43 900 / Source : Service Histoire Lip
- Enfin, un troisième type de cadran est proposé par la CEH-LIP à ses clients, dans une sorte de synthèse des visuels précédemment cités. Uniquement disponible sur la référence 43814, il use d’un fond gris rhodié classique. MEYER réemploi l’échelle de temps peinte sur le cadran, mais utilise la couleur noire afin de mieux contraster avec le gris. Cette référence abandonne toutefois l’affichage des chiffres afin d’épurer le cadran, en offrant un mixage technique et esthétique de l’ensemble des références de Lip Galaxie.

Cadran brossé finition argenté et indexs peints en noir, Lip Galaxie par R. MEYER, référence 43 814 / Source : Service Histoire Lip
Un ensemble cohérent et complexe, pour une Galaxie d’usages.
En tout état de cause, ces montres ne sont pas qu’un objet pour soi, elles sont également, à travers l’ensemble de la réflexion qui anime cette collection Design, des objets qui interloquent, qui parlent aux autres et qui définissent une idée de modernité, d’avant-gardisme.

Lip Galaxie référence 43 899 / Source : Collection privée L.G.
« Une GALAXIE est un ensemble d’étoiles, de poussières et de gaz interstellaires dont la cohésion est assurée par la gravitation » (Futura-sciences.com)
Ainsi, l’idée de légèreté, de cohésion et d’accomplissement d’un astre fait de nombreuses pièces complexes, en rotation, qui s’épousent et forment un ensemble cohérent que nous retrouvons dans la définition scientifique d’une galaxie se retrouve dans la collection éponyme que propose Rudi MEYER en 1974 à LIP, et qui sera commercialisée en 1975 et 1976. Ainsi, une multitude d’astres par les divers modèles de montres composent ensemble une galaxie, un ensemble de matériaux agrégés. Chose voulue par Rudi MEYER, il existe une grande diversité dans les modèles que la CEH-LIP et l’équipe de C. NEUSCHWANDER commercialisent en 1975. Le designer Suisse évoquera d’ailleurs à ce sujet :
au lieu de créer des pièces uniques, [Rudi MEYER veut] constituer un puzzle permettant de proposer plusieurs modèles à partir d’un nombre minimum de cadrans et de boîtiers. (Catalogue Lip Design 1975).
L’usage de « matériaux authentiques, bruts, sobres mats [et de] formes franches et nettes » plaident dans cette dynamique de ne pas « imposer pour autant une idée trop précise de la montre » (catalogue Lip 1975, R. MEYER). Ainsi, le symbole de précision et d’exactitude qu’est un mouvement d’horlogerie se heurte au paradoxe, celui de se trouver enserré dans un boîtier ou sous un cadran à la définition floue et volontairement mouvante. Tout ceci permet de parfaire la « fonction-signe » de la montre, puisque cette dernière est le temps, sa fonction, mais également la parure, son esthétique. La collection Rudi MEYER dénommée GALAXIE se place à l’intersection d’une notion de signe pour soi, qui se trouve également tournée vers les autres.
Sources :
- M-P. COUSTANS et D. GALAZZO, Lip des heures à conter, Édition Libris, 2000 et nouvelle Édition Glénat, Grenoble, 2017
- Ouvrage Collectif, Design « Le Livre » (de 1850 à nos jours l’évolution du design), Édition Florilège, Paris, 1990
- Pieter DOENSEN, History of the Modern Wristwatch, Édition Snoeck-Ducaju & Zoon, 1994
- T. GRILLET et R. TALLON, Roger TALLON, itinéraires d’un designer industriel, Édition Centre Georges Pompidou, Paris, 1993
- Fond de documentation privé sur la Manufacture Lip, HAOND Clément dont catalogue Lip pour la Collection 1975, catalogue Lip Design 1975 et catalogue Lip 1976.
- Fond de la série 5Z des Archives Municipales de la Ville de Besançon
1968 : Aux côtés des plus grands, Lip, chronométreur officiel des Jeux Olympiques de Grenoble
Jeux des Trente Glorieuses, les Xe Jeux Olympiques d’Hiver qui se tiennent à Grenoble (Isère) du 6 au 18 Février 1968 sont également les Jeux Olympiques de Lip. Aux côtés d’Omega notamment, la manufacture Lip va assurer le chronométrage Electronic de certaines épreuves sportives, mais également une propagande féroce pour la montre officielle des Jeux, la Nautic-Ski Electronic.

Peu après le départ de Jean-Claude KILLY sur l’épreuve du Slalom Géant aux Jeux Olympiques de Grenoble, en 1968; vue sur le dispositif LIP – OMEGA de chronométrage Electronic / Source : Service Histoire Lip
Premiers Jeux Olympiques d’Hiver attitrés à une ville, en l’occurrence Grenoble, cette épreuve sportive majeure sur le plan international devait faire briller la France du Général de Gaulle, et par la même occasion les entreprises Françaises. Proche du Général, Fred LIP va s’engouffrer dans la brèche, afin de tirer pleinement partie de cet événement.
Un chronométrage de prestige
Co-chronométreur avec la firme Suisse Omega pour les épreuves reines de Descente, de Salom Spécial et de Slalom Géant, de Luge et de Bobsleigh, Lip va mettre en œuvre l’ensemble de ses capacités de production et son savoir-faire en matière d’électronique pour proposer un chronométrage ultra performant. Une atmosphère d’émulation se saisie alors, à un an des Jeux, de l’usine ultra moderne de Palente. Le Bureau d’Études et l’Atelier de Chronométrie interne de Lip développe de nouveaux composants, des modules électroniques encore plus fiable, précis et innovants. C’est ainsi que Lip sera le témoin privilégié des 3 victoires historiques de Jean-Claude KILLY en descente, slalom spécial et slalom géant. S’appuyant sur la longue histoire Olympienne d’Omega, Fred LIP va entourer cette aventure d’une intense campagne de promotion.
La manufacture Lip va partager le devant de la scène en chronométrage avec Omega, partenaire principal avec Lip, mais également Longines, qui va chronométrer certaines épreuves comme la patinage de vitesse ou le hockey sur glace.
Être choisi par le Comité Olympique Français pour ce chronométrage est un honneur qui rejaillit sur notre industrie, sur les horlogers détaillants, sur toutes la corporation (Lettre de Fred LIP en date du 16 Janvier 1967 / Source : Archives Municipales de Besançon).

Vitrine et présentoir spécial Jeux Olympiques de Grenoble, photographie dans le hall de l’usine Lip de Palente / Source : Fond privé photographique HAOND Clément
Fred LIP profite de ce formidable coup médiatique pour placer sur le devant de la scène la marque familiale qu’il représente, et par la même occasion, la montre du Centenaire de Lip (1867 – 1967), la Lip Nautic-Ski Electronic. Tout d’abord, Lip sera adoptée par la Fédération Française de Ski pour équiper la délégation Tricolore aux J.O. de Grenoble. Sur les les photographies officielles, dans les coulisses, lors de bains de foules, les sportifs arboreront une montre Lip Nautic-Ski Electronic référence 42554 (boîte ronde, cadran noir). En plus de rares exemplaires signés des anneaux olympiques offert aux meilleurs revendeurs Lip, à quelques invités et au stations techniques Lip de la région, la Nautic-Ski va devenir, dans le courant de l’année 1967, la montre officielle des Jeux Olympiques de Grenoble.
Des présentoirs spéciaux sont créés par le département décor interne de la manufacture Lip. Reprenant de manière abstraite le dessin d’une montagne, ces présentoirs seront diffusés en fin d’année 1967 à certains clients, dont ceux de la région Rhône-Alpes. Couplé à cela, une vaste campagne de publicité dans la presse s’abat sur la France, vantant encore une fois les mérites de la Lip Nautic-Ski Electronic.
En tout état de cause, Lip va marquer l’histoire de l’olympisme, et du sport en général par sa participation aux Xe Jeux Olympiques d’hiver. Premiers Jeux retransmis en couleur et dans le monde entier par le dispositif Mondovision (1607 techniciens vont œuvrer à cela), la marque Lip va bénéficier d’un aura particulier, à la hauteur de sa puissance en France. Première manufacture horlogère de France, 7e du monde en production de montres empierrées, son Président Directeur Général Fred LIP trouve ici la consécration de sa carrière.
Portée sur les plus hautes marches par Jean-Claude KILLY, Marielle GOITSCHEL, Annie FAMOSE, Guy PERILLAT et Isabelle MIR pour le Ski Alpin et par Patrick PERA pour le patinage artistique, la Nautic-Ski est résolument la montre officielle des Jeux Olympiques d’hiver de 1968.
Le rêve va se poursuivre pour l’espiègle patron de Lip, puisque le Ministère de la Jeunesse et des Sports, sur décision directe du Ministre François MISSOFFE, va faire équiper de Lip Nautic-Ski tous les athlètes Français aux Jeux Olympiques d’été de Mexico, qui se tiennent également en 1968. La délégation Française va ainsi porter une montre Lip lors de la cérémonie d’inauguration des J.O. d’été, mais également tout au long de la quinzaine.

Victoire de Jean-Claude KILLY le 12 Février 1968, lors du Slalom Géant de Chamrousse. Ce dernier porte alors, sur le podium, une Lip Nautic-Ski Electronic, offerte par Fred LIP avant la compétition. La 2e place revient au Suisse Willy FAVRE (à gauche), et la 3e place à l’Autrichien Heinrich MESSNER (à droite) / Source : Service Histoire Lip
Par cette consécration sportive, Lip marque un peu plus l’histoire industrielle de la France de son emprunte faite de rigueur et d’exactitude. Célébrant la manufacture Lip et la grande qualité de sa production, cet événement extraordinaire symbolise également l’inexorable ascension de la firme de Fred LIP, point d’orgue d’une carrière vouée à l’horlogerie, et que la déroute financière viendra briser quelques années plus tard, en 1972 – 1973.
Sources :
- Fond privé de documentation et de photographie HAOND Clément
- Fond de photographies du Service Histoire Lip
- Fond des Archives Municipales de la Ville de Besançon sur la participation de Lip aux Xe Jeux Olympiques d’hiver de Grenoble, du 6 au 18 Février 1968.
- www.francebleu.fr / dossier spécial : Le cinquantenaire des Jeux Olympiques de Grenoble
- www.olympic.org (KILLY ET SON TRIPLÉ EN OR SE HISSENT AU NIVEAU DE TONI SAILER)
- www.espritbleu.franceolympique.com (Recherches sur les J.O. d’hiver de Grenoble et sur les J.O. d’été de Mexico / 1968)
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